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11.03.2016

Parution Paris Match n°3486 : Idoméni, Grèce-Macédoine

Récit de quelques jours passés dans le camp d’Idoméni à la frontière gréco-macédonienne, auprès des migrants (14 000 à ce jour) venant « buter » contre des barbelés.

En moins de 6 jours le nombre de migrants dans le camp d’Idoméni, à la frontière Grèce-Macédoine, est passé de 4 000 à 14 000. Les ONG ainsi que le HCR ou le CICR font ce qu’ils peuvent pour répondre aux besoins vitaux de tous ces gens, mais comment, en si peu de temps, trouver les moyens pour gérer un tel afflux de personnes. Et surtout, comment expliquer à ces gens qui fuient la guerre, qu’ils ne pourront, pour la plupart, pas aller plus loin ?

Dans les derniers kilomètres avant leur arrivée, ils sont épuisés mais heureux de se trouver en Grèce, en Europe, et d’avoir échappé à la mort lors de leur traversée entre la Turquie et la Grèce. C’est un véritable exode, d’un millier de personnes par jour, qui coupe les champs, longe les voies ferrés, marche sur l’autoroute. Leur progression est marquée par les traces de vie laissées tout le long de leur chemin.

Un jour comme un autre à Idoméni

6H30 du matin, une centaine de personnes perdues dans le brouillard, sous pression des rumeurs de dangers et visiblement pas très rassurées, me demande de les aider à retrouver leur chemin.

Je laisse la voiture, traverse le champ, franchis le terre-plein de quatre mètres de haut et je tente d’aider de mon mieux parmi eux des personnes âgées, des femmes enceintes, un handicapé. Ce dernier est porté par 4 hommes dans une couverture. Se sentant proches de la frontière, le soulagement se lit sur leurs visages. Je leur explique que s’y retrouvent 10 000 personnes parqués dans un camp mais leur joie d’atteindre ce but, la frontière, l’emporte.

05a

Je reprends ma voiture. Après un grand détour pour éviter la police, laquelle m’a plusieurs fois arrêté pour avoir aidé des personnes en difficulté à atteindre le camp, je décide de charger – couchés à l’arrière de la voiture afin de ne pas être vus – l’handicapé et sa mère de 70 ans. Après ce transport, j’essaye de travailler, mais je n’ai pas « d’œil » aujourd’hui.

Idomeni camp migrants

Quelques heures plus tard, je retrouve le groupe au milieu du camp. Parmi eux, un étudiant pleure. Il me dit que c’est inimaginable ce qui se passe ici, et que s’ils avaient su, ils auraient attendus à Athènes ou ils seraient même restés en Turquie. Il n’y a pas de nourriture, pas de quoi dormir. Les 12 000 personnes sont entassées, se marchant presque dessus. Les Syriens et Irakiens font la loi ; il ne fait pas bon d’être Afghan ou Pakistanais. Ces derniers se font régulièrement conspuer et chasser…Un groupe de 32 personnes revient de la forêt, s’y trouve une ouverture dans la frontière. Ils ont été frappés par la police macédonienne et refoulés de ce passage « illégal ».

Idomeni camp migrants

Je repars. C’est un véritable exode d’un millier de personnes par jour venant « buter » sur des barbelés. Sur le bord du chemin une femme git, un enfant de trois ans à ses cotés. Je m’arrête, personne à l’horizon ; elle est évanouie ; le gamin hurle. Il m’est impossible de la transporter seul dans la voiture. Heureusement la police passe et me file un coup de main, direction l’hôpital du camp. Mais c’est sans compter l’embouteillage permanent, la foule, et bien sûr la petite gardienne en chef des secours qui me reçoit par « Nous aussi, on a plein de gens malades ».  Après bien des palabres, elle vient constater par elle-même l’état de la femme et, enfin, un médecin daigne venir avec un brancard.

Je vais quand même essayer de bosser un peu, mais au moment où je trouve une image à faire, une personne « formidable » ayant reçu le droit d’être le représentant de la bonté sur terre (autrement dit, un de ces fameux volontaires mielleux, qui donneraient leur vie), me jette en pleine tronche, « Mais on en a rien à faire de vos images, vous ne pourriez pas plutôt aider ? ». Grosse fatigue…

Idomeni camp migrants

Lorsque les migrants arrivent devant ce mur de barbelés (dont certains attendent depuis plus d’une semaine dans la boue), le mot « désillusion » est bien faible pour exprimer leur désespoir. Ils sont à la fois résignés et prêts à attendre un éventuel passage. Une atmosphère étrange règne dans le camp. Malgré la foule – 65% sont des familles dont près de 40% des enfants – chacun essaye de trouver un résidu de confort pour quelques jours. Vu le manque de place, les tentes sont installées, presqu’accrochées aux barbelés, ou encore juste à coté des portes des toilettes. La nuit, il fait 3°, mais le pire, c’est la pluie qui transforme le site en un océan de boue.

Idomeni camp migrants

Je croise un Afghan, 1,90m sous la toise, magnifique avec sa femme et ses deux enfants, son troisième a été tué par les Talibans. Ils en sont à quatre années sur la route –  dont trois en Iran où leurs passeports a été confisqués.

Il y a aussi ces deux frères et sœurs Irakiens de 19 et 20 ans, dont les parents ont pu partir en avion de Turquie pour l’Allemagne, mais eux, leur chemin prend la route des Balkans. Ils apprennent que c’est fini, ils ne passeront pas. Démunis, ils ne savent plus que faire.

Cette jeune Yezidi de 18 ans s’est réfugiée auprès d’une famille Irakienne, car elle a perdu les siens durant la traversée.

Ce jeune couple Kurde de 20 et 21 ans s’est fait volé tout leur argent. Ils n’ont plus un Euro.

Ce couple de Syrien protégeant leur seul enfant survivant, l’autre ayant péri alors que leur bateau chavirait dans la traversée entre la Turquie et la Grèce.

Cette famille Irakienne avec une grand-mère de 80 ans, traînée dans un fauteuil roulant rafistolé de toute part. Après avoir frôlés la noyade durant la traversée, ils n’ont plus d’argent. Ils se sont fait arnaquer de 8 000€ par des passeurs. Ils pensaient qu’une fois en Grèce, en Europe, ce serait plus facile.

Cette femme Syrienne qui découvre la perte de son passeport et qui fait une crise de nerf. Pour elle, tout est fini.

Un groupe de 32 Pakistanais, Iraniens et Afghans, boueux, les visages tuméfiés et ensanglantés revient de la forêt. S’y trouve une ouverture dans la frontière. Ils ont été frappés par la police macédonienne et refoulés de ce passage « illégal ».

Cet homme et cette femme Syriens viennent d’arriver en fin de journée et me montrent leur bébé de quelques jours, né sur la route. Ils ne savent pas où dormir ce soir dans le froid et la pluie.

Des histoires comme celles ci, il n’y aurait pas assez de place ici pour les rapporter toutes. Là-bas, c’est le royaume de la misère sourde, celle de l’incompréhension à laquelle n’est donnée aucune réponse, une prison à ciel ouvert au cœur de l’Europe.

Ces images ont été réalisées entre le dimanche 28 février et le samedi 5 mars 2016. Le lendemain, 6 mars 2016, le conseil de l’Europe annonce la fermeture de la route des Balkans aux migrants.

 

 Pour en savoir plus :

Reportage publié dans Paris Match (n° 3486 du 9 mars 2016)

www.ericbouvet.com/Idomeni-Europ-nowhere

 


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